Après le premier post qui portait sur l’incapacité à accepter d’avoir tort, voilà un deuxième comportement de perdant qu’est la critique systématique des autres.

Je parle évidemment de la critique négative, non de celle, exprimée positivement, destinée à faire avancer une situation, un comportement ou une position.

Vous me direz que c’est un mal très français tant il est vrai que notre spécialité est de considérer une réalité universelle, objective et idéale comme référence permanente. Ce type d’attitude a pu faire l’une de nos forces par le passé (je pense notamment à la définition des droits de l’Homme, France pays de la liberté, etc.) et il est vrai qu’il est souvent difficile de revenir sur des comportements qui ont fait notre rayonnement mondial, même si les temps changent et qu’il serait peut-être temps que nous en fassions de même.

Alors, pourquoi la critique systématique est-elle un comportement perdant ?

La réponse tient, une fois de plus, en trois mots :

1. Ignorance

Aux champions de la critique systématique, je dis : attention, vous n’affichez ainsi que votre ignorance. Là où vous croyez affirmer votre supériorité de vue, vous exprimez généralement votre méconnaissance de la réalité de la personne que vous critiquez.

Vous me direz que c’est bien peu de choses par rapport au plaisir défoulatoire de la critique… surtout si ceux qui vous écoutent ne connaissent pas cette réalité de l’autre mieux que vous… Mais lorsque la critique devient un comportement habituel, la curiosité est obstruée, il n’y a donc plus de possibilité de s’enrichir de l’autre, de le découvrir. L’ignorance de la personne qui critique se nourrit d’elle-même et il paraît difficile que ce cercle vicieux s’interrompe.

D’une manière générale, je crois qu’on peut dire que la critique systématique relève d’un manque d’intelligence constructrice, même si elle est destinée à prouver le contraire. Et, dans la mesure où elle peut être assimilée à de la malveillance, dans le sens où l’autre ne bénéficie pas au minimum d’un doute bienveillant, elle aura toujours tendance à affaiblir une personne. Si l’on conjugue manque d’intelligence et malveillance, il y a fort à parier qu’il n’y ait pas de grande réussite au bout.

2. Isolement

La critique est une forme d’opposition (pour s’en convaincre, il suffit de constater ce qui se passe en politique, en France, depuis de nombreuses années. Les partis d’opposition, quels qu’ils soient, sont systématiquement dans la critique du pouvoir en place. A tel point qu’il devient de plus en plus difficile de faire la distinction entre les deux mots : critique et opposition, dans le monde politique).

Or, si s’opposer semble parfaitement légitime, lorsque cela intervient quel que soit le sujet, et sans proposition constructive, cela équivaut à dresser une barrière entre l’autre que je critique et moi-même.

Je suis alors dans une attitude claire de séparation pure entre l’autre et moi. Et qui dit initiateur de séparation, dit perdant à terme. Si « l’union fait la force », la séparation engendre la faiblesse.

Si je suis dans une position de faiblesse, non assumée qui plus est (car je n’en ai pas conscience), je ne parviendrai jamais à une réalisation ambitieuse. Je serai toujours perdant à long terme.

3. Dévalorisation

De l’expérience que j’en ai, les personnes qui abusent de la critique cherchent, par cette attitude, à se valoriser eux-mêmes. Le raisonnement serait schématiquement le suivant : « je vois tes défauts et te suis donc supérieur ».

La prise d’importance est donc conditionnée à l’erreur de l’autre. Si je fais cela, la réalité est que je ne m’étalonne, je ne me compare, que par rapport à du négatif (ou ce que je considère comme tel). Je ne démontre donc ma soi-disant supériorité que par rapport à ce que je juge comme de l’infériorité.

Hormis un aspect qui flatte mon ego par la fausse supériorité ressentie, je ne fais qu’affirmer, à tort, le fait que je suis moins pire, non pas que je suis fort.

Me comparer à du négatif me laisse, sans doute, une marge de progression immense, mais ne fait jamais de moi quelqu’un de positif.

La critique systématique dévalorise l’autre, certes, mais me dévalorise par la même occasion, ce qui me poussera à continuer, de façon presque compulsive, à critiquer pour me prouver que je suis supérieur. C’est sans fin.

Alors que faire pour corriger le tir ?

Si quelqu’un est dans cette situation il aura toutes les peines du monde à le reconnaître par lui-même et à effectuer le travail nécessaire pour se débarrasser de ce défaut.

La façon dont je procède, en tant que coach de vie, tend à essayer de stimuler l’imagination de la personne coachée.

Quand je rencontre quelqu’un qui a la critique systématique (mais qui vient généralement me voir pour autre chose), je lui demande, après l’expression de sa critique, de changer de perspective. Un peu comme un jeu de rôle, je lui dis : « OK, je vois que vous n’êtes pas d’accord avec XYZ, et vous avez certainement de bonnes raisons pour cela, mais maintenant, essayez de vous mettre dans des dispositions où vous devriez défendre sa position. Imaginez une situation, un environnement, ce que vous voulez qui justifie ce que vous critiquez et expliquez-moi ».

Souvent ces personnes commencent, quand elles veulent bien se prêter au jeu, par donner des raisons loufoques. J’introduis alors dans leur discours des raisons rationnellement possibles afin de les mener tranquillement vers une forme de doute de leur propre critique initiale.

Répétée deux ou trois fois, cette tactique permet souvent de rompre le cercle vicieux. Cela ne fait pas d’eux des personnes fortes instantanément, mais ça réenclenche une capacité d’évolution positive, ce qui est un début pour parvenir à l’estime de soi.