Après les six premiers posts sur les 7 comportements perdants : l’incapacité à accepter d’avoir tort, la critique systématique, l’ostracisme, l’agressivité, la victimisation, et le pessimisme voici le septième et dernier de la liste (pas forcément exhaustive) des comportements perdants : l’égocentrisme.

C’est peut-être le comportement le plus répandu chez ceux qui s’estiment être des vainqueurs. A tel point, que je me demande dans quelle mesure il est justifié de classer l’égocentrisme parmi les comportements perdants…

Et pourtant, si l’égocentrisme comporte nombre de caractéristiques pouvant être valablement considérées comme positives pour un développement personnel, il génère une dégénérescence de la relation à l’autre qui pourrait en faire le comportement perdant par excellence.

 

L’égocentrisme : un point de départ de la vie humaine ?

Le Larousse affirme que l’égocentrisme « constitue la caractéristique essentielle de la pensée des enfants de 3 à 7 ans ». Les psys vous expliqueront infiniment mieux que moi le pourquoi de la chose : prise de conscience nécessaire de l’unicité du moi, etc. A un niveau spirituel, il existe aussi de nombreuses justifications à ce comportement infantile constituant une étape nécessaire à l’identification de sa responsabilité propre dans le début d’un processus d’incarnation.

D’ailleurs, le premier commandement des religions chrétiennes est : « tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton esprit et de toutes tes forces ; et tu aimeras les autres comme toi-même ». Ce commandement prône donc l’amour de soi-même comme point de départ, comme préalable au cheminement d’amour vers ce qui nous entoure.

Si l’amour est don de soi, comment donner si on ne possède pas au préalable ? Il est primordial de se connaître soi-même, de s’aimer soi-même, avec ses qualités et ses défauts, pour être en mesure de se parfaire et d’apporter aux autres le meilleur de soi.

Ensuite, une fois que l’on est en mesure de se fondre dans l’autre, tout en conservant son intégrité (du fait de la conscience que l’on a de soi-même), une compréhension de l’unicité des choses s’installe et ouvre sur l’amour divin. Si, un chrétien ne s’aime pas, comment aimera-t-il Dieu qui a fait de lui ce qu’il est ? Il aimerait le créateur, mais pas sa création ? Si c’est possible dans bien des domaines (je pense à des artistes super sympas, mais dont les créations…), en matière spirituelle, ça semble un peu compliqué…

D’une manière générale, une histoire construite a toujours un point de départ constitué d’une prise de responsabilité d’une personne par rapport à des circonstances, ou par rapport à une volonté personnelle.

Pour que la relation à l’autre soit forte et féconde, elle doit être précédée d’une relation également forte et féconde à soi-même.

Pour prendre un exemple : je coachais un cadre dirigeant d’un grand groupe international dans le domaine des services aux entreprises. La thématique de début de mission était le manque de confiance en soi (et oui, ça arrive même chez ces gens-là…).

Je vous passerai les détails, mais j’ai découvert une personne ayant de très nombreuses qualités dont elle n’avait aucune conscience. Se considérant comme faible, elle compensait cette mauvaise estime d’elle-même comme elle pouvait, et notamment par une consommation excessive d’alcool.

Se considérant comme faible, elle était perçue comme telle par son entourage, notamment familial, et sa vie était un enfer : sa femme avait un comportement dictatorial avec lui, ses enfants le sermonnaient pour un oui ou pour un non et plus d’un s’en servaient de paillasson.

Lui-même ne demandait qu’harmonie, donnait tout l’amour dont il était capable, et s’étonnait du manque de réciprocité en la matière. Lui faire comprendre les raisons de cette non réciprocité fut assez aisé. Lui donner les moyens d’opérer les changements nécessaires à un mieux-être fut possible grâce à un travail sur ses valeurs de vie et sur son identification auxdites valeurs.

Il a fallu que cette personne apprenne à s’aimer lui-même pour être en mesure d’aimer correctement les autres. Les aimant mieux, il a commencé par générer plus de respect de leur part et les relations se sont progressivement améliorées. Plus heureux et confiant en lui-même, ses performances professionnelles se sont améliorées et, même s’il existe encore une marge de progression, sa vie a pris un tour nettement plus positif.

Je crois donc pouvoir dire que si l’égocentrisme n’était que l’amour de soi-même, ce serait sans doute un comportement gagnant, ou pour le moins la base d’un comportement gagnant.

Dans un autre ordre d’idées, je crois qu’il est de notoriété publique qu’une grande partie des personnes connues pour leur réussite font preuve d’égocentrisme. C’est le cas de beaucoup d’artistes, mais également d’hommes d’affaires, etc. Il semble même que la réussite génère le comportement égocentrique… ou l’inverse…

Il faudrait alors être en mesure d’affirmer que la réussite vient d’un comportement perdant. Aurais-je un problème de cohérence ??? Pas impossible, quoi que…

 

L’égocentrisme : un comportement fondé sur la séparation

Le début de la définition du Larousse de l’égocentrisme est la suivante : « Tendance à ne considérer que son point de vue et ses intérêts propres. Indissociation, dans le raisonnement, du point de vue propre et du point de vue d’autrui… ».

Si l’on s’en tient à cette définition, on voit bien que le principe de base est d’une part l’opposition de soi par rapport à l’autre, et d’autre part la prédominance absolue de son intérêt propre dans son rapport à l’autre.

Ce comportement est donc basé sur la dimension matérielle de l’univers : moi différent de toi, moi différent de tout ce qui existe et moi plus important aussi. Et dans cette dimension matérielle, ce raisonnement est inattaquable. Ce serait donc vraisemblablement un comportement gagnant si l’univers n’était constitué que de cette seule dimension matérielle.

Le problème, c’est que ce n’est pas la seule. Les dimensions psycho-émotionnelle et spirituelle font partie intégrante de la vie, et elles sont beaucoup plus difficiles à appréhender pour un égocentriste.

De même que la démarche scientifique, l’égocentrisme cherche le contrôle dans la dimension matérielle. On isole des phénomènes matériels, donc vérifiables et contrôlables et on en tire un raisonnement général.

Or, en matière humaine, on s’allie des personnes avec tout ce qui constitue leur réalité personnelle. Si on ne joue que sur la dimension matérielle, il ne sera possible d’atteindre, chez l’autre, que la vision de ses intérêts matériels à un instant « t ».

L’égocentriste n’ayant principalement conscience que de lui-même, il y a donc 3 défauts évidents dans sa démarche :

  • d’une part il ne peut s’allier les autres que sur la base de leur intérêt matériel et non sur la base d’une adhésion plus profonde ;
  • d’autre part il est dans l’obligation de comprendre et de prendre en compte l’intérêt de l’autre alors que, en tant qu’égocentriste, il aura toujours du mal à l’apprécier puisqu’il est différent du sien propre ;
  • enfin, étant peu à l’écoute de l’autre, il ne verra pas venir le moment où l’intérêt de l’autre évolue ou change. Il ne verra pas venir le moment où l’autre est en désir de rupture et ne pourra donc pas s’adapter de manière à préserver ses propres intérêts.

Ce défaut d’adaptabilité aux attentes de son environnement l’isolera immanquablement à un moment ou à un autre, et en fera un perdant à terme. Peut-être pas dans la dimension matérielle, mais dans son bonheur global à coup sûr.

 

Après la première lacune qui consiste en un défaut d’adaptabilité de l’égocentriste, la seconde est la difficulté à progresser et donc à vivre la meilleure vie possible.

Ses intérêts personnels lui suffisant, l’égocentriste manque de perméabilité à l’autre. Ce manque n’est pas à prendre dans une approche morale de la chose. Le problème n’est pas tant qu’on se pense supérieur aux autres, car peut-être l’est-on dans certains domaines, mais parce que l’on se contente de cette supériorité sans avoir conscience du chemin à parcourir pour être supérieur à soi-même.

Ce chemin de progression par rapport à soi-même implique forcément d’être en mesure de s’enrichir des différences de l’autre et donc rend impossible le fait de le considérer comme inférieur. Comment considérer l’autre comme inférieur si j’ai conscience d’avoir besoin de lui pour progresser ? L’autre est toujours un maître pour celui qui veut progresser.

Ne pouvant atteindre, grâce aux autres, la plénitude de ses capacités, l’égocentriste sera perdant par rapport à lui-même.

 

Enfin, le raisonnement égocentrique est également pollué par le moi, d’une manière qui le rend aveugle à ses propres objectifs et donc aisément manipulable.

L’égocentriste accordant une grande importance à sa personne, il va avoir tendance à privilégier l’affirmation de sa force et de sa domination, au détriment de ses objectifs réels. Soumis à une contrariété ou à un conflit, il va réagir de façon clivante pour affirmer sa supériorité : arrogance, agressivité, mépris, sont des attitudes fréquentes pour ce type de personnes, alors même qu’il a besoin de la personne envers laquelle il affiche ce genre de comportements.

Le résultat est qu’il n’obtient pas l’appui de l’autre avec lequel il est en conflit passager et n’atteint finalement pas ses objectifs.

Ce défaut de faire passer la reconnaissance de l’importance de sa propre personne avant la réalisation de ses objectifs le fait oublier la bonne façon d’atteindre lesdits objectifs et le rend donc facilement manipulable.

C’est le genre de personne qu’on peut envoyer en première ligne facilement, car ils sont certains d’être tellement forts qu’ils ne peuvent que réussir, tout en ayant une stratégie plus nuancée à appliquer derrière, une fois le terrain déblayé.

Je dis à tous les égocentristes de la terre : comprenez vos objectifs, puis agissez en fonction de ces derniers et… vous ne serez plus égocentriste. Vous serez plus efficace et plus heureux.

 

Ainsi s’achève la série des posts traitant des comportements perdants. Le point commun qui unit ces 7 travers me semble être le manque de conscience : manque de conscience de l’autre, manque de conscience de la façon dont fonctionne réellement le monde pour générer le bonheur, manque de conscience de soi-même, etc.

Il ne s’agit pas de diaboliser ceux qui ont des comportements perdants car chacun d’entre nous en a, ou peut en avoir occasionnellement. Il s’agit simplement de prendre conscience de notre manque de conscience et d’accepter de devoir évoluer pour vivre le meilleur de notre vie.

Evoluer seul reste, toutefois, difficile. Sans miroir, j’aurai toujours du mal à voir ce qui ne va pas sur ou en moi. C’est l’intérêt d’un bon coach de vie : permettre une prise de conscience des domaines à faire évoluer chez soi et donner les moyens de le faire en respect de la personnalité et des valeurs.

Avoir recours à un coach de vie est un investissement, certes, mais un investissement sur son propre bonheur et je crois qu’il existe peu d’investissements aussi rentables.