Nous avons tous en tête les poncifs usuels au sujet de la curiosité : « la curiosité est un vilain défaut » ou encore « ta curiosité te perdra ». Comme si la volonté de découvrir devait mener au chaos.
Je sais, vous me direz qu’il y a deux aspects de la curiosité : le premier est malsain en s’apparentant à la surveillance ou à l’indiscrétion, et le second est clairement positif dans sa dimension de découverte de l’inconnu.
C’est évidemment de ce second aspect dont je voudrais parler ici.
Aux personnes qui entament un travail en profondeur sur elles-mêmes en ma compagnie, je dis souvent : « si je vous dis que le soleil est bleu à poix roses et que vous me répondez : « non », nous arrêtons de travailler ensemble. Et si, à la même affirmation, vous me répondez : « oui », nous arrêtons aussi de travailler ensemble ».
La réponse que je reçois 99 fois sur 100 est : « mais alors, qu’est-ce qu’il faut répondre ? » Je vous laisse trouver…
Pourquoi je me permets de leur dire cela ? Parce que ce qui compte n’est pas l’affirmation que je peux faire, en elle-même. Ce qui me semble important est la manière dont la personne digère, intègre cette affirmation, après un vrai travail de réflexion, par rapport à sa propre réalité.
Après mon affirmation, l’autre peut décider que le soleil est de n’importe quelle couleur qui lui convienne, ou même le laisser de couleur jaune, mais la couleur de son soleil sera définitivement la sienne, comprise, acceptée et projetée de façon constructive pour éclairer son futur.
Pourquoi j’aborde ce sujet aujourd’hui ? Parce que je viens d’être confronté à une situation dans laquelle la curiosité d’une personne m’a sauvé la mise.
Je coachais, depuis plusieurs séances, un cadre dirigeant d’un grand groupe international qui avait un problème pour gérer efficacement les conflits pouvant survenir avec ses collaborateurs. De grande qualité humaine, cette personne était dans le « consensus à tout prix ». Cette stratégie était positive, constructive et efficace en temps normal, mais trouvait ses limites face à des conflits durs dans lesquels l’ego du collaborateur prenait une dimension prépondérante.
Grâce à l’étude de ce client à travers les différents outils à ma disposition, je savais que son problème découlait foncièrement de sa structure de personnalité et que seul un travail sur ses valeurs de vie était de nature à le corriger durablement. Comme il m’avait dit que la dimension spirituelle ne l’intéressait absolument pas, je ramais pour trouver un biais permettant d’évoluer dans cette dimension sans provoquer de réaction de rejet de sa part.
Après lui avoir donné tous les moyens usuels d’affirmation de soi pratiqués en matière de développement personnel (mais qui ne résolvaient en rien un problème beaucoup plus structurel chez lui), j’étais un peu dans une impasse pour rendre acceptable par ce client un travail qu’il semblait refuser a priori. Je voyais dans ses yeux un air dubitatif quant à l’efficacité de mon coaching et, tout en essorant mes neurones au maximum, je dois dire que je n’en menais pas large.
J’avais remarqué, toujours grâce aux outils à ma disposition, que cette personne pouvait avoir une qualité importante qu’elle semblait n’utiliser que peu face à moi, à savoir la curiosité. Certes, ce n’était pas une curiosité dirigée vers les sujets spirituels, mais c’était quand même de la curiosité et il me fallait bien trouver une issue.
Après lui avoir demandé l’autorisation de le sortir de sa zone de confort et avec l’impression de me jeter dans le vide, je lui ai donc exposé directement la méthodologie que je souhaitais adopter, l’univers dans lequel elle devait s’exprimer, ainsi que les tenants et les aboutissants du travail à effectuer.
J’ai rencontré un regard mi interloqué, mi incrédule, mi « est-ce qu’il se fiche de moi » (ça me rappelle les 4 tiers du Picon-citron-curaçao de Marius…), mais la personne m’a laissé finir. La séance s’est terminée. Je lui ai donné une mise en pratique à effectuer pour la prochaine séance. Nous nous sommes quitté… fort civilement… c’est déjà ça.
Durant les 15 jours qui me séparaient de la séance suivante, j’étais vraiment inquiet car l’idée de savoir exactement ce dont avait besoin cette personne, mais de ne pouvoir lui apporter du fait de ses résistances et, du coup, de ne pouvoir l’aider, me… minait.
Je suis retourné, 15 jours après, dans l’entreprise un peu démoralisé, en me disant que j’allais proposer de ne pas être payé pour ce travail dans la mesure où il n’avait pas été efficace.
Je fus au comble de la surprise en constatant que le client qui m’accueillait n’avait plus le même visage. Il était souriant, avenant, presque joyeux. Il me dit qu’il n’avait pas fait la mise en pratique que je lui avais demandé, mais qu’il était allé sur internet se documenter sur tous les sujets que j’avais abordé avec lui en séance, lu des articles de presse traitants de ces domaines, etc. Il avait plein de questions à me poser, car il n’avait rien trouvé sur certains sujets.
C’était quasi magique ! Un miracle ! J’avais eu jusque-là un interlocuteur poli, mais dubitatif et sur son quant-à-soi. J’avais maintenant une éponge à savoir, animée de discernement, positive, constructive et comprenant tout à demi-mot. Ce client me dit que c’était dans sa nature que de mettre du temps à réaliser les choses, mais qu’une fois que c’était fait il savait progresser vite. Tu parles ! Nous avons fait en une fois le travail que je réalise habituellement en cinq ou six séances avec un client « normal ».
La curiosité mène à la conscience de la différence. La conscience de la différence mène à la conscience de soi. La conscience de soi mène à la tolérance. La tolérance mène à la Connaissance (avec un grand « C ») qui, elle-même, mène à l’unité donc à la performance (entre autres choses).
Cet épisode est, pour moi, comme un rappel à l’ordre pour me remettre à l’esprit qu’en coaching, comme dans la vie en général, on ne contrôle pas forcément grand-chose. Il faut savoir faire confiance à l’autre, à l’environnement, à la vie, pour que le positif se mette en place et, quand on est dans le lâché-prise, que le meilleur arrive.
Je remercie de tout mon cœur ce client pour sa curiosité. C’est elle qui m’a sauvé.

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