En matière de développement personnel, vouloir travailler, dans le cadre d’un processus en coaching de vie, sur son jugement des autres est un objectif digne et noble, mais pas si facile à atteindre.

La plupart de nos jugements sont effectués très rapidement, souvent à un niveau inconscient et en prendre conscience peut être très bénéfiques.

 

Le jugement au quotidien

Il est principalement binaire, et je veux dire par là que vous vous posez des questions comme :

    Cette situation est-elle bonne ou mauvaise ?

    Est-ce sécuritaire ou dangereux ?

    Est-ce quelque chose dont je veux me rapprocher ou m’éloigner ?

 

Si vous déambulez dans la rue et qu’un homme s’approche de vous en hurlant des menaces et en brandissant une arme, vous jugerez probablement que le moment est venu d’essayer ce nouveau café devant lequel vous passez justement.

Vous pouvez juger qu’il n’est pas judicieux de commander une deuxième bouteille de vin lorsque vous êtes déjà ivre et que vous avez une réunion tôt le lendemain.

Ou que décider de prendre la voiture quand il y a 60 centimètres de neige sur la route est stupide.

Ou même que descendre une piste noire glacée alors que vous venez tout juste de commencer à faire du ski n’est pas une démarche pertinente.

 

En termes simples, votre cerveau est une machine à juger très efficace.

 

Il faut toutefois savoir que le « bon » et le « mauvais » sont des constructions humaines qui n’existent pas dans la nature. Nous jugeons si quelque chose est bon ou mauvais en fonction de nos valeurs, de nos croyances et de nos expériences personnelles. Nous ne le faisons pas en fonction de quelque chose de tangible, d’une vérité universelle prouvée.

La réalité est que nous ne savons jamais ce qui se passe à l’intérieur de la tête de quelqu’un. Nous ne connaissons jamais leurs expériences de vie qui conduisent à leurs comportements et nous n’avons aucun moyen de connaître leur capital génétique.

Et cette dernière partie est intéressante. Beaucoup de gens jugent les autres parce qu’ils n’aiment pas leur ADN.

Si vous êtes né gay, de nombreuses personnes s’arrogeront le droit de vous juger. Il en va de même si vous êtes né avec une peau de couleur différente, ou même avec un handicap physique ou mental.

 

Mais qu’en est-il de l’ivrogne qui a eu des parents alcooliques violents ?

Ou du petit criminel sans éducation qui s’est tourné vers le crime quand sa mère est tombée malade et ne pouvait plus prendre en charge sa famille ?

Ou du pédophile qui a été abusé sexuellement pendant des années ?

 

Vous voyez que les lignes peuvent être floues. Vous voyez comme il est facile de juger des personnes qui méritent notre compassion et notre aide plutôt que notre mépris.

 

 

Alors, comment puis-je arrêter de juger les autres ?

Arrêtons de juger les autres en ne nous référant qu’aux situations et aux actions, tout en les séparant de la personne et de sa vie.

Cela répond au désir de notre cerveau d’une information binaire, car il n’aime pas vraiment les nuances et il a le réflexe d’un sentiment de répulsion immédiate face à un comportement choquant.

Cependant, je vais essayer d’éviter de juger en tant qu’être humain parce que ce n’est pas mon travail.

Ce n’est pas forcément facile, mais selon mes valeurs, mes croyances et mon expérience de la vie, cela semble être la bonne chose à faire.

 

Juger une personne sur un comportement revient, selon moi, à lui nier un certain nombre de droits (et peut-être à soi-même aussi… non ?) : le droit à la différence et à l’évolution, entre autres.

Pour prendre un exemple, dans ma jeunesse et mon milieu social, il y a de cela de nombreuses années, le divorce était quelque chose de tabou. Les divorcés étaient mis au ban de la société, pas de manière ouverte, mais on ne les recevait plus vraiment, et lorsqu’on le faisait, on avait l’impression de faire une action parfaitement admirable, un pas vers la sainteté (tout en ressentant un vague sentiment de culpabilité dans la mesure où l’église, elle, les excluait des sacrements) …

Cela ne viendrait plus à l’idée de personne (du moins je l’espère !) de se comporter de la sorte. En tout cas, parmi les personnes qui réagissaient ainsi, que je connais bien, aucune ne songerait plus à raisonner de cette façon.

Est-ce pour autant que le divorce est devenu quelque chose d’universellement « bon » ? Cela reste toujours une séparation et quelque part l’échec d’une relation humaine posée, au départ, comme durable.

Mais de cette épreuve (même si le divorce est parfois la seule solution, il est rarement un constat de réussite dans un couple, et est donc une forme d’épreuve) peut naître énormément d’expériences positives : construction d’une relation apaisée avec l’ex-conjoint, rencontres de nouvelles belles personnes avec qui on peut recommencer à vivre harmonieusement, compréhension des relations amoureuses, assistance à ceux qui sont confrontés au même type d’épreuve, etc.

 

Cet exemple, malgré ses limites, montre que le fait de juger le comportement de quelqu’un pour en tirer de l’exclusion est rarement raisonnable. Peut-être demain serai-je d’accord avec lui. Peut-être demain aura-t-il changé de comportement, ou aura-t-il fait quelque chose de tellement admirable à mes yeux que, du coup, le précédent différent n’aura plus aucun sens pour moi.

 

Il me semble important de savoir différencier deux stades de jugements : le jugement par rapport à une « Vérité » dite universelle et le jugement par rapport à soi personnellement.

Je ne m’étendrai pas sur le premier qui est forcément abscons, dans la mesure où je ne connais personne qui puisse raisonnablement se targuer de connaître LA Vérité universelle et serait donc en mesure de porter des jugements en son nom.

En revanche, ce qui importe dans le jugement par rapport à soi ce sont, avant tout, les conséquences qu’on en tire.

La personne est-elle réduite à mon jugement ou bien la respecte-je pour sa différence ? Un jugement négatif par rapport à soi-même, à ses référentiels personnels, n’implique pas automatiquement la dévalorisation de l’autre.

Juger négativement cela signifie éloigner, séparer. C’est ce que fait instinctivement notre cerveau ? Peut-être, mais il n’en a pas forcément raison pour autant.

 

Le truc n’est pas de lutter contre votre cerveau qui aime les choses simples et d’espérer le forcer à faire continuellement une gymnastique compliquée pour émettre un avis éclairé sur les situations auxquelles vous êtes confrontées.

Le truc c’est de lui fournir des références simples auxquelles il pourra se référer facilement pour adopter une démarche constructive.

Alors, ce truc, c’est quoi ? Vous me voyez venir ? Évidemment, ce sont les valeurs de vie…

Travaillez vos 10 principales valeurs de vie au point d’en faire un réflexe : vous les déterminez, vous les hiérarchisez et vous les apprenez par cœur jusqu’à en avoir la nausée. Vous vous donnez ensuite une période de temps (un mois par exemple) pendant laquelle vous vous efforcer d’ajouter à votre réflexion habituelle sur les événements, une réflexion positionnant ceux-ci par rapport à vos valeurs de vie précédemment définies.

A l’issue de cette période, vous remarquerez que vos réactions en cas de confrontation à la différence se seront modifiées. Ayant renoué avec « votre essentiel », beaucoup de choses qui vous indisposaient précédemment seront désamorcées car ne choquant plus vos valeurs.

Vous aurez élaboré un nouveau système de référence simple (10 critères, c’est pas énorme…) qui seront vos principaux nouveaux critères de jugement.

Si vous définissez « correctement » vos valeurs de vie (c’est-à-dire que vous n’êtes pas un affreux jojo), vous vous apercevrez qu’elles sont toutes dans le lien et l’unité et que de ce fait, vous n’avez plus besoin de juger, car juger c’est séparer (c’est la stigmatisation du « moi différent de toi »).

Et voilà ! Le tour est joué ! Vous n’avez plus besoin de subir les désagréments de juger les autres. Cool, non ?