Après les deux premiers posts sur l’incapacité à accepter d’avoir tort et sur la critique systématique, voici le troisième comportement perdant :  l’ostracisme.

L’ostracisme, pour ceux qui n’en auraient pas une idée précise, c’est le « parti pris d’exclusion à l’égard d’une personne ou d’un groupement ». D’une manière plus évocatrice, c’est le fait de repousser a priori une personne en vertu d’une quelconque différence : couleur de peau, niveau social ou culturel, nationalité, religion, préférence amoureuse, etc.

Dans un monde où la pratique habituelle est de tout étiqueter, tout catégoriser, pourquoi l’ostracisme serait-il un comportement perdant ? On pourrait se dire qu’il permet, à partir de critères simples, d’adopter des comportements qui nous unissent avec certaines personnes qui nous ressemblent et, de ce fait, qu’il nous renforce.

Dans sa définition se révèle, en peu de mots, les tares absolues de ce comportement : exclusion de la différence.

Pourtant, si nous sommes nombreux à avoir conscience que l’ostracisme direct est un comportement perdant, la France est l’un des pays au monde qui pratique le plus l’ostracisme indirect : la préférence par la similitude. Serions-nous, de ce fait, un pays de perdants qui devrait se réformer ?

 

1) L’ostracisme direct : une aberration logique

Enfin… pour que ce soit une aberration logique, il faut tout de même admettre que, d’une part on est plus fort ensemble que séparé et que, d’autre part, la différence est la source de tout enrichissement. Bref, il faut être conscient de la valeur de l’unité. Sinon, effectivement, mon raisonnement ne tient pas.

Le raisonnement d’ostracisme direct est basé sur une vision particulière de la réalité : la vie a placé les choses dans un certain ordre, et il y a une hiérarchie dans cet ordre.

Aucun sens n’est donné à la vie, aucune dynamique. On observe avec partialité et c’est tout. On se sert de cette observation pour poser des a priori et ne surtout pas vouloir que ça change. C’est un plaidoyer pour l’immobilisme.

Pourquoi ? Parce que c’est plus facile, cela exige moins d’effort. On n’a rien eu à faire pour être blanc (ou noir, ou rouge, ou vert), pour être français, belge ou lapon, etc.

Il est plus facile de s’identifier à un groupe basé sur des caractéristiques innées que sur ses propres actions, pensées et valeurs. J’ai beau être en échec dans tous les aspects de ma vie, tant personnels que professionnels, je suis blanc (ou de n’importe quelle couleur) et français (ou de n’importe quelle nationalité) donc je suis chez moi en France et tout ce qui est différent n’a pas droit de cité.

Ce sont des personnes, qui sont loin d’être toutes en échec et certainement bien intentionnées, mais qui n’ont jamais pris la peine de réfléchir à leurs valeurs de vie. Elles pourront être d’une gentillesse absolue avec leurs animaux domestiques, elles rejetteront avec la plus grande détermination la différence entre êtres humains.

Or, si la vie a effectivement créé des blancs, des noirs, etc., elle a aussi écarté la consanguinité comme voie de développement pérenne. Toute personne qui ne s’ouvre pas à la différence est donc condamnée à la dégénérescence. En cela l’ostracisme direct aboutit inévitablement à l’affaiblissement de celui ou celle qui le pratique. C’est donc un comportement toujours perdant à plus ou moins long terme.

 

2) L’ostracisme indirect : un mal qui ronge sournoisement

Une autre forme d’ostracisme, au moins aussi répandue en France que la précédente, est celle qui consiste à privilégier une personne en fonction de son appartenance à un groupe, plutôt qu’en fonction de ses qualités personnelles.

La France est, sans doute, l’un des grands champions mondiaux toutes catégories du réseautage. Pour avoir passé un certain nombre d’années dans les affaires et, par ailleurs, côtoyé des politiques, j’ai pu « apprécier » la force des réseaux. Que ce soient les réseaux énarques, francs-maçons, cathos, professionnels divers (sans jugement négatif sur les philosophies ou convictions défendues par certains de ces réseaux qui peuvent me sembler hautement respectables), ce sont les comportements qui me semblent poser problème.

Lorsque, dans une grande entreprise, les luttes de pouvoir se font moins entre des personnes cherchant à faire valoir leurs qualités qu’entre deux réseaux qui se font la guerre, où est l’intérêt général ? Où est la saine émulation ? Où est l’intégration de la différence ?

Quand le simple fait de se réclamer d’un groupe permet d’en fédérer les énergies, même si cela se fait en vertu d’un programme d’actions en complète contradiction avec la substance même de ce groupe, il me semble exister le même danger que dans l’ostracisme direct.

La seule bannière devient celle du groupe, sans plus prêter aucune attention à sa réalité personnelle, à ses convictions. On n’exclut plus directement comme le fait l’ostracisme direct, on qualifie des personnes sur la seule foi de leur appartenance au clan, sans faire intervenir son discernement, sans qu’il n’y ait le moindre accord entre ses convictions et les comportements desdites personnes.

Il y a donc renfermement du groupe sur lui-même et rejet de ce qui n’en fait pas partie. De ce fait le groupe s’appauvrit, se sclérose et dégénère.

 

Certes, les partisans de l’ostracisme ont un discours généralement basé sur l’unité, mais l’unité restreinte : ils ne sont intéressés que par un pays au sein d’un groupe de pays, ils n’embauchent que des personnes issues de leur clan, etc. Or, en tant que valeur de vie, l’unité ne peut être restreinte, limitée, appauvrie. Les moyens d’y parvenir peuvent être très divers, mais la valeur ne tolère pas la compromission. Les personnes qui manient la séparation ou l’unité restreinte devraient le savoir : ils courent à leur perte à plus ou moins court terme.

 

Alors que faire ?

Le problème de fond de ce comportement est un défaut de conscience. Il faudrait donc éduquer la conscience et, pour ce faire, je ne connais qu’un moyen : le travail sur les valeurs de vie. C’est une matière qui n’est pas enseignée et il ne faut donc pas s’étonner que, n’étant pas formées, les personnes les mieux intentionnées du monde n’aient qu’une vision très approximative de la chose.

Parmi les clients que je reçois, en tant que coach de vie, je n’en ai rencontré aucun, jusqu’à présent qui ait un système de valeurs de vie compris, structuré et opérationnel.

Je me souviens même d’une jeune femme, très catholique, qui me racontait les relations catastrophiques qui étaient de mise dans sa famille et en partie de son fait. Quand j’ai commencé à lui parler de valeurs de vie, elle s’est cabrée en affirmant qu’elle avait un système de valeurs de vie très bien en place, genre : « je n’ai pas besoin de vous pour ça ». Je lui ai demandé : « lesquelles ? » Elle m’a répondu instinctivement : « la famille… » et s’est effondrée en larmes.

Cet exemple n’a rien à voir avec l’ostracisme, mais illustre le fait que les meilleures intentions du monde, si elles ne sont pas pilotées par un système de valeur opérationnel, ne débouchent que sur l’échec.

Penser que ceux qui font de l’ostracisme sont forcément mauvais est une illusion stérile. Chacun essaie de faire du mieux qu’il peut avec ce dont il dispose. Et quand la conscience fait défaut, ce n’est pas si difficile de la développer pour le mieux-être de tous.