Après les cinq premiers posts sur l’incapacité à accepter d’avoir tort, sur la critique systématique, sur l’ostracisme, sur l’agressivité, et sur la victimisation, voici le sixième comportement perdant : le pessimisme.

Malgré le merveilleux talent de comique de Coluche, il est difficile de ne pas voir un relent de pessimisme dans ses paroles : « Quand on voit ce qu’on voit et qu’on entend ce qu’on entend, on a raison de penser ce qu’on pense ».

C’est un lieu commun de dire qu’avec les nouvelles technologies de l’information, les pires horreurs envahissent notre quotidien et ne nous poussent guère vers un optimisme béat quant à notre situation présente et nos perspectives d’avenir : la crise économique qui n’en finit pas… les attentats qui se multiplient… la pauvreté qui progresse dans les pays déjà les plus touchés par ce fléau… en me mariant, j’ai 45% de « chances » de divorcer… la liste est sans fin…

Or, si le pessimisme est clairement un comportement perdant du fait de ce qu’induit la complaisance dans le négatif en termes de déficit de bonheur, il peut, avec un supplément de courage et d’imagination constituer une base d’évolution particulièrement intéressante.

Le pessimisme : une fabrique à échec pour soi-même et pour les autres.

Comme le disait Bill Clinton : « Le pessimisme est une excuse pour le renoncement et une garantie pour un échec personnel ».

Peut-être, mais pourquoi ? Que fait le pessimiste qui soit si handicapant que cela ? Qu’est-ce qui permet d’affirmer que le fait de constater que son environnement est négatif serait facteur d’échec personnel ?

Le point de départ de l’erreur du pessimiste est, comme pour beaucoup de comportements perdants, de penser qu’il existe une seule réalité collective qui s’impose à soi. La vie n’est pas vécue comme une expérience personnelle proactive, mais comme une réaction (voire une non-réaction) à une réalité extérieure, universelle.

Le pessimiste ne reconnaît pas, n’a pas conscience de sa liberté d’action par rapport aux événements auxquels il est confronté.

Il va prendre pour acquis dans sa réalité personnelle une situation, ou un ensemble de situations, qui lui sont rapportées par des sources qu’il estime fiables, même sans en avoir, à aucun moment, fait l’expérience personnelle.

Si la situation se présente concrètement à lui, il réagira en fonction d’un a priori généré par ce qu’il a entendu et non par ce qu’il est en train d’expérimenter. Conditionné par ce qu’il croit être une réalité universelle, il oubliera d’exercer sa liberté personnelle.

Il sera donc dans l’impossibilité de faire appel à toutes ses capacités personnelles pour faire face à une situation qu’il percevra d’entrée comme défavorable.

Mieux, comme toute situation est abordée par le négatif, le pessimiste, pour apporter une réponse à une situation, aura un besoin d’énergie beaucoup plus important qu’un optimiste. L’effort à fournir étant plus important pour lui, il aura tendance à renoncer plus facilement à forger sa propre réalité. Ne parvenant pas à surmonter les difficultés, il se retrouvera en situation d’échec et verra ainsi son comportement pessimiste renforcé par ce même échec.

S’ensuit une culture de la peur de l’action qui inhibera toute velléité de prise en responsabilité de sa réalité personnelle. Or sans prise de risque, sans exercice de responsabilité personnelle en tant qu’être humain, la vie se charge de faire de quelqu’un un perdant. Si l’on donne tout le pouvoir à une réalité extérieure : elle le prend… au détriment de celui qui le lui donne.

Nonobstant les déconvenues personnelles que provoque le comportement pessimiste, ce dernier a, évidemment, un impact sur l’entourage.

Le pessimiste génère non seulement un sentiment de lassitude et d’ennui à son commerce, mais il va également décourager les initiatives et le désir d’évolution chez les autres.

Au contact d’un pessimiste, la question qui se pose rapidement est celle du sens de la vie. Toute conversation profonde est inutile, car elle se solde toujours par une conclusion négative. On en ressort généralement avec le sentiment que rien ne sert à rien. Quoi de plus déprimant ?

L’entourage est tiré vers le bas et soit il déprime de concert, soit il se rebelle.

Souvent, la réaction normale de défense de l’entourage est de se soustraire à cet environnement et de laisser le pessimiste à son pessimisme.

Se retrouvant seul, celui-ci déprime et devient encore plus pessimiste… C’est sans fin.

Dans un environnement professionnel, la réaction de séparation de l’entourage est moins facile dans la mesure où quitter une personne pessimiste, surtout si c’est son supérieur hiérarchique, peut signifier quitter son emploi. La rigidité, en terme de réaction, que confère ce type d’environnement provoque des conséquences vraiment dommageables pour l’entreprise.

En effet, si toute initiative est considérée comme vouée à l’échec et que toute perspective de succès n’est qu’irréaliste, quelle motivation peut-on trouver pour son action ?

Dans l’entourage d’un manager pessimiste, il risque fort de se produire un vent de rébellion : « s’il considère que cela ne sert à rien de se battre, à quoi ça sert que je m’investisse dans mon travail. » S’ensuivra, non pas le départ du collaborateur, mais un déficit de sa confiance envers son manager, puis une défiance et, en tout cas, un manque de fidélité et d’implication qui auront inévitablement des répercussions sur les résultats de l’équipe.

Le pessimiste décourage les initiatives et le désir d’évolution chez les autres. Il est donc très préoccupant pour une entreprise de compter dans ses rangs un manager pessimiste. Or, c’est généralement le cas pour toutes ces personnes qui flirtent avec le burnout. D’où l’importance de considérer le pessimisme comme l’un des indicateurs de burnout nécessitant une intervention en soutien de la personne concernée.

 

Le pessimisme : une base d’évolution particulièrement intéressante.

Peut-être un lieu commun supplémentaire pour vous, mais, pour moi, le pessimisme ne consiste pas à ne percevoir que le négatif des choses, il consiste à se limiter à cela. Le pessimisme, c’est ne pas prévoir, projeter, construire le meilleur à partir du pire.

A contrario, qui voudrait d’un optimiste béat qui foncerait dans le mur en klaxonnant parce qu’il n’a pas vu le mur ou ne l’a pas identifié comme tel ? (C’est pourtant un comportement fréquent dans le cas de personnes souffrant d’égotisme, mais ça, c’est pour un prochain post).

S’il semble difficile de pouvoir considérer possible que le pessimisme soit une qualité chez un manager, il n’en va pas forcément de même pour un collaborateur. Bien intégré à une équipe dynamique, disposer d’un collaborateur pessimiste peut présenter l’intérêt, pour l’équipe, de bénéficier d’un lanceur d’alerte (pour reprendre au sens littéral une expression en vogue) qui en toute occasion fera la liste des dangers « insurmontables » qui vont fondre sur chaque projet.

Si cette personne est techniquement compétente, ce peut être un gain de temps et d’énergie précieux pour le groupe. Il faudra, bien évidemment, faire le tri dans les mises en garde exprimées, mais celles-ci ne seront que rarement inutiles, ne serait-ce que pour être sûr de la démarche.

En tout état de cause, le pessimisme isolé est un comportement perdant.

Dans la vie personnelle, le problème est que le pessimiste a tendance à faire le vide autour de lui et il lui est donc compliqué d’inverser la tendance de lui-même.

Dans la vie professionnelle, les contraintes sociales qui lient les membres d’une même entreprise permettent un moindre isolement, voire une intégration positive du pessimiste. Le revers de la médaille est que le pessimiste puisse être cantonné à ce rôle, justifié par lui, et qu’il ne lui soit plus possible d’en sortir. Il en résultera une personne qui gagne sa vie, mais malheureuse à jamais.

Il est donc important de prendre la mesure des implications d’un comportement pessimiste. A l’exception peut-être d’un Jean-Pierre Bacri qui en fait commerce, le pessimiste est un dépressif en puissance.

Les raisons du pessimisme ne sont pas forcément liées à l’enfance ou au passé (sans quoi le soutien ne pourrait venir que d’un psychothérapeute), elles peuvent aussi provenir d’un manque de conscience du sens de sa vie et de son importance, ainsi que de l’ignorance des moyens possibles pour y remédier.

La manière dont je procède, en tant que coach de vie, est la suivante : à l’appui d’un travail en profondeur sur les valeurs propres de la personne, qui lui permet de se reconnecter avec sa réalité personnelle, j’essaie de le pousser à l’opiniâtreté dans un travail de détective visant à trouver, dans ses journées, les éléments positifs et à l’inciter à les disséquer pour s’en imprégner le plus possible.

Une fois ce travail réalisé, je le pousse à prendre des risques d’optimisme. C’est-à-dire d’entreprendre, avec assistance, de petites actions dont il redoute l’échec afin d’expérimenter la réussite.

Se nourrissant de succès, le pessimiste constate alors que le système proposé le rend plus heureux et c’est ce bonheur ressenti qui le fait prolonger sa démarche de lui-même dans le temps.

Sans travail sur les valeurs le pessimiste n’est pas capable de donner de sens à sa démarche, sans prise de conscience du positif qui l’entoure il ne sait pas vers quoi tendre, sans prise de risque assistée il ne peut se responsabiliser, sans se responsabiliser il ne peut avoir la maîtrise de son bonheur et sans bonheur il ne peut se corriger durablement.

L’assistance sur ce genre de problème est diverse, mais se doit d’être complète.