Après les trois premiers posts sur l’incapacité à accepter d’avoir tort, sur la critique systématique, et sur l’ostracisme, voici le quatrième comportement perdant :  l’agressivité.

Nous savons tous qu’être confronté à l’agressivité de quelqu’un d’autre est toujours extrêmement désagréable. Notre réaction à ce genre de comportement se compose généralement de stress, de frustration, d’un sentiment de rejet de l’autre et de tout ce qui est en rapport avec lui. Bref, l’agressivité est peut-être l’outil de séparation par excellence.

Je ne me pencherai pas sur les causes pour lesquelles une personne particulière se comporte avec agressivité, c’est plutôt le travail des psys qui, eux, savent dénouer les nœuds psycho-émotionnels.

D’une manière générale, je crois que l’on peut dire que le comportement agressif est issu du côté animal de l’être humain. Dans la nature, les animaux affirment leur supériorité par leur agressivité et se servent, le plus souvent, de cette dernière pour résoudre les conflits auxquels ils sont confrontés.

Alors, si ce mode d’expression est si répandu dans la nature depuis que le monde est monde, s’il a servi, depuis des millénaires, à la sélection naturelle et nous a donc fait ce que nous sommes, pourquoi serait-il un comportement de perdant ?

La réponse, cette fois-ci, tient en un seul mot : la conscience.

En effet, si l’agressivité dénote un manque évident de conscience de soi-même et de l’autre par le type de relations qu’elle instaure, elle peut, parfois, s’avérer être un mal nécessaire pour limiter l’impact de la division.

L’agressivité : un manque évident de conscience.

Les bases du raisonnement, qui n’a rien d’original, est que chacun, durant sa vie, cherche le bonheur. Il y a autant de façons de le chercher qu’il existe d’êtres humains sur terre, mais si l’on admet que nos capacités sont plus importantes en groupe qu’isolé (et je crois que ce fait a été largement démontré, ne serait-ce que par le type de vie grégaire que l’être humain adopte et qui lui a permis d’occuper la place qu’il occupe dans la nature), il faut également admettre que la probabilité que chacun d’entre nous parvienne au bonheur est renforcée quand nous exploitons les aspects positifs de notre relation à l’autre.

Or, l’expression agressive d’un point de vue, d’une volonté ou d’attentes ne peut engendrer de réaction d’adhésion chez les esprits sains. Ne pouvant générer l’adhésion, elle n’aura jamais pour conséquence d’obtenir le meilleur de l’autre. Même si l’autre se « soumet » par peur, par refus du conflit ou par intérêt personnel, il ne renverra pas ses meilleures possibilités en retour.

De ce fait, je n’optimiserai jamais mes possibilités d’être heureux ou performant dans quelque domaine que ce soit par un comportement agressif vis-à-vis des autres. La peur, le refus du conflit et l’intérêt personnel engendreront une absence de fidélité, donc de fiabilité dans la durée qui mèneront tout projet significatif à un échec certain.

De plus, si l’on a conscience que l’on obtient de meilleurs résultats par l’adhésion que par la peur, on est obligé d’admettre que le comportement agressif est un signe de faiblesse. Il signifie : « je ne suis pas capable de recueillir ton adhésion par les valeurs, les idées ou l’objectif que je poursuis, donc, j’emploie la force ». J’admets donc la supériorité de l’autre dans tous les domaines hormis celui de la violence.

L’affirmation de sa force n’est en réalité qu’une reconnaissance de sa propre faiblesse.

J’ai dit un lieu commun ? OK, je l’admets. Alors allons un peu plus loin.

Il y aura toujours les egos surdimensionnés qui vous diront qu’ils sont mieux en mesure de parvenir seuls au bonheur qu’en prenant les autres en considération et, pour certains, c’est vrai. Le seul problème pour eux, c’est qu’ils ignorent totalement où ils mettent les pieds en adoptant consciemment cette attitude.

A ma connaissance, toutes les traditions spirituelles au monde posent un antagonisme de base en termes d’objectif entre des forces d’unité et des forces de séparation. Imaginons une seconde que ces traditions millénaires n’aient pas forcément tort. Imaginons que, pour simplifier, le principe des forces de l’unité soit « moi dans mon rapport à l’autre » et que celui des forces de séparation soit « mon rapport à l’autre pour moi » (dans le sens mon rapport à l’autre doit servir mes intérêts personnels).

Si je suis agressif, je sais que je manie une force de séparation qui engendre non seulement un manque de fiabilité, voire une défiance, chez l’autre, mais m’opposera frontalement à toute force d’unité qui se présentera. Or, les forces d’unité étant, selon mon expérience, toujours plus fortes sur le long terme que les forces de séparation, je serai donc inévitablement perdant sur le long terme.

Il est possible de faire le choix des forces de séparation. Elles pourront me servir un temps. Mais elles sont versatiles par nature et m’abandonneront dès que leur propre intérêt sera ailleurs. Je me retrouverai donc seul et sans appui face à une adversité que j’aurai moi-même généré. Ouille !…

C’est à ce moment que je m’apercevrai du caractère fondamentalement perdant de mon attitude agressive…

L’agressivité : un mal parfois nécessaire

En proposition de relation, je maintiens que l’agressivité est toujours un comportement perdant. En attitude de réaction à une agression caractérisée et déterminée, elle peut, parfois, selon moi, être un mal nécessaire sous certaines conditions.

La première des conditions est que l’agression n’ait pas été délibérément et volontairement provoquée, même par des attitudes non agressives. En effet, le fait de vouloir pousser l’autre dans la zone d’influence des forces de séparation est déjà, en soi-même, une action séparatrice, donc perdante car soumise auxdites forces de séparation.

La seconde condition est d’avoir absolument tout fait pour que les valeurs d’unité prévalent dans la situation. Le sujet est d’exposer clairement à l’agresseur une volonté d’être dans la concorde et la construction avec lui. De proposer, éventuellement, des compromis (mais jamais de compromission) avec les limites qu’ils comportent pour rester dans une unité respectueuse de chacun.

Si cette attitude est refusée par l’agresseur (généralement parce qu’il l’assimile à tort à de la faiblesse), il peut arriver un moment où, par respect pour le choix de séparation de l’autre et par refus de se laisser entraîner dans ce choix, il semble qu’il faille le laisser partir, voire l’accompagner dans son éloignement.

Il est toutefois important de savoir qu’employer la force ou l’agressivité ne sera jamais gagnant. Cette attitude peut éviter d’être perdant face à une agression, mais elle ne peut jamais être gagnante.

Alors que faire contre des personnes ayant un comportement récurrent d’agressivité ?

Le principe de base est que j’ai plus de chances d’être heureux si mon interaction avec les autres les pousse à l’unité autour de moi qu’à la séparation. Pour résumer par un adage fondamental pour tous ceux qui sont tentés par l’agressivité, il faut absolument intégrer le fait que : « on n’attrape pas des mouches avec du vinaigre ». Dès que l’on intériorise définitivement cette affirmation, la tentation de l’agressivité s’éloigne.

Si je n’aime pas que les autres soient agressifs avec moi, il y a toute les chances que ce soit la même chose pour eux. Si je donne plus et mieux à celui qui me le demande gentiment, la réciproque doit également être vrai. Il faut donc pousser la personne agressive à considérer en priorité l’objectif qu’elle poursuit, plutôt que le défoulement que lui procure son attitude. Il faut inciter la personne à focaliser son attention sur le but à atteindre.

Évidemment, seul un travail sur les valeurs de vie est susceptible de résoudre le problème à long terme chez une personne ayant un caractère agressif et c’est ce que je réalise, en tant que coach de vie, avec les personnes souffrant de ce travers. Leur problème est, le plus généralement, une incapacité à exprimer un point de vue à la fois en tenant compte d’eux-mêmes et en respectant l’autre.

Ce travail permet de prendre conscience que la facilité pour atteindre un objectif n’est pas de l’imposer en croyant que l’on gagne du temps ainsi, mais de l’obtenir par un consentement qui permettra à l’autre de s’impliquer en profondeur et donc d’accroître rapidité et efficacité de son action.