Un jour, je reçois une femme, chirurgien dans un grand hôpital de la Région Parisienne, qui me dit être en pré burn-out du fait d’une attitude de harcèlement moral de la part de son chef de service, et ce depuis environ 5 ans.

La situation qu’elle me décrit me fait penser à un vrai harcèlement fait de malveillance, d’autoritarisme délirant, à la limite de l’inhumain.

Et puis, plus je la fais parler, plus je m’aperçois que, chose que j’ignorais, les chefs de service en milieu hospitalier n’ont que des moyens de pression extrêmement faibles sur le personnel qu’ils gèrent : pas de prime pour motiver ou sanctionner le personnel, pas de sanction disciplinaire facile à mettre en œuvre, pas de marge de manœuvre par rapport à un éventuel avancement ou licenciement. Bref, la personne accepte une situation de harcèlement manifeste alors qu’elle ne risque quasiment rien en termes de sanction.

La dernière frasque en date de son chef de service était qu’il lui avait passé un savon monumental, l’avait injuriée parce qu’elle avait autorisé sa propre assistante, qui devait s’absenter, à s’entendre avec une autre assistante pour que le travail dans le service soit assuré pendant l’absence. Cette autorisation était proprement inadmissible, c’était désorganiser le service, le chirurgien était coupable de sabotage, etc.

Et le chirurgien de s’écrouler en larme, de se dévaloriser, d’avoir des envies de suicide, etc.

Cette situation peut paraître risible, mais croyez-moi, la souffrance était réelle et faisait peine à voir.

Le problème a été résolu en faisant un travail avec le chirurgien sur ses valeurs de vie, en lui donnant les outils nécessaires pour réaliser une opposition positive à son chef de service. Une fois qu’elle a compris et digéré le mécanisme, elle l’a mis en application, s’est opposée de façon constructive à son chef de service qui, voyant naître une opposition cohérente, a modifié sa vision de la personne et a cessé son harcèlement.

En fait, la situation de malheur vécue s’avérait procéder de la seule vision réciproque que les deux protagonistes avaient l’un de l’autre. Le chef de service voit le chirurgien comme une inférieure hiérarchique, victime désignée et résignée, qui ne se révoltera jamais de ses inconduites, alors que le chirurgien voit son chef de service comme l’autorité de tutelle, imposée et non-contestable.

De ces deux interprétations personnelles de la réalité, manquant l’une comme l’autre cruellement de maturité, découle le fait que l’un défoule ses plus bas instincts sur l’autre qui n’envisage pas de se révolter.

Inutile de dire que, si ce cas peut constituer un exemple symptomatique de l’impact d’une perception partielle de son environnement, ce n’est clairement pas le cas le plus difficile auquel j’ai eu à faire face.

Ce que j’observe dans la très large majorité des cas, c’est que, dans le monde du travail, lorsqu’il y a agression d’une personne par une autre (sous quelle que forme que ce soit), c’est plus par inconscience que par choix délibéré et réfléchi de nuire.

Même si je l’ai déjà vécu, le choc frontal entre valeurs d’unité et valeurs de séparation est peu fréquent de façon délibérée. Heureusement, peu d’êtres humains se font du bien en faisant mal à l’autre. Dans la quasi-totalité des cas, celui qui met en jeu des valeurs de séparation ne les assume pas. Ce refus de les assumer – généralement par inconscience – constitue une faille dans son système, que l’autre peut exploiter pour faire évoluer la situation vers un mieux commun.

Toutefois, les choses ne sont pas toujours aussi simples. Si tout le monde reconnaissait la prééminence du système basé sur les valeurs de vie, le référentiel serait commun et de nombreux conflits seraient facilement évités, comme celui cité dans l’exemple de l’hôpital.

Dans le monde occidental actuel, ce système basé sur les valeurs de vie n’est pas ou mal enseigné. De ce fait, il apparaît comme idéaliste, désincarné et donc ne répondant pas aux nécessités de vivre dans « la réalité ».

Dans le monde du travail, cette vision s’exprime souvent par une mise en opposition du système de valeurs de vie avec le « monde du business », comme si ce monde du business était déconnecté de l’humain et que l’on pouvait avoir un comportement odieux dans la vie professionnelle tout en conservant une virginité personnelle, et ce au nom de la performance opérationnelle et financière.

Cette opposition de système n’invalide cependant pas la puissance du système des valeurs de vie. Il rend son expression sans doute plus compliquée, mais, à ce jour, je n’ai jamais eu d’exemple démontrant la supériorité du « système du business » ni dans les résultats concrets obtenus en terme de performances professionnelle et financière, ni en termes de bonheur obtenu par les personnes. Bien au contraire, plus cohérent, le système des valeurs de vie démontre, cas après cas, sa supériorité dans tous les domaines.

Pour sortir du diktat d’un système de fonctionnement du monde professionnel inhumain (basé sur l’illusion que moins on est humain plus on est fort), il faut être capable d’apprendre un autre système par lequel toutes les performances seront améliorées. Il faut accepter de modifier sa vision de sa propre réalité pour créer une réalité plus performante à tous points de vue.

En adoptant un système personnel adapté à mes objectifs de vie profonds, je modifie ma perception de la réalité commune dans un premier temps, puis je créé une réalité personnelle cohérente, donc puissante et performante.