Pour la plupart des gens, les états négatifs comme la colère, la jalousie et la haine s’imposent beaucoup plus facilement que les états positifs comme l’amour, la paix et le contentement.

 

C’est principalement parce que les états négatifs proviennent du système limbique dans notre cerveau, et quand votre système limbique entre pleinement en action, il peut court-circuiter le reste de votre cerveau et vous laisser littéralement en incapacité d’accéder à un raisonnement supérieur.

 

Dr Jekyll et M. Hyde

 

Pensez à un moment où vous étiez dans un état de rage aveugle et vous vous rendrez compte, en vous replongeant dans cet instant, que penser clairement et logiquement à ce moment-là était à peu près aussi facile et attrayant que rouler une pelle à un phacochère.

 

Tout simplement, vous n’étiez pas vous.

 

Ou plutôt vous l’étiez, mais vous étiez le vieux vous, avant que l’évolution ne vous donne gentiment un néocortex, et que vous disposiez de la capacité de penser logiquement et de voir les conséquences probablement douteuses du fait d’attaquer avec un cric le bâtard qui a volé votre place de stationnement.

 

C’est la mauvaise nouvelle : le fait que nous ayons tous, ou presque tous, la capacité de péter un plomb si les choses tournent mal pour nous. Et une fois que nous sommes dans cet état, il est très difficile d’en sortir rapidement.

 

La bonne nouvelle à propos du contrôle

 

Mais il y a une bonne nouvelle si vous ou quelqu’un de votre entourage a tendance à s’enflammer plus que vous ne le souhaiteriez, et la bonne nouvelle c’est que se débarrasser de sa colère est possible.

 

Il faut savoir, avant tout, qu’il est beaucoup plus facile d’empêcher votre système limbique de prendre le contrôle de votre cerveau que d’essayer de le calmer une fois qu’il l’a fait.

 

J’ai dit, en introduction que, pour la plupart des gens, les états comme la colère, la jalousie ou la haine sont plus forts que ceux de l’amour, de la paix et du contentement, mais il y a des exceptions.

Pensez au Dalaï Lama par exemple. Son pays lui a été enlevé par les Chinois et il a été obligé de fuir, en 1959, sans espoir de retour.

 

Pourtant, même après cinq décennies d’exil, il n’a jamais exprimé le désir d’assassiner le gouvernement chinois ou même d’encourager les Tibétains à recourir à la violence.

Qu’est-ce que le Dalaï Lama a de si spécial ?

Même si son nom signifie probablement Grand Lama, il n’est en réalité pas un vrai lama, mais un être humain comme vous et moi, et en tant que tel, il a un cerveau, un système limbique et tout ce qui va avec.

 

Cependant, ce que fait le dalaï-lama, alors que 99,9% de la population ne le font pas, c’est qu’il cultive la bonté. Il médite tous les jours et travaille à conserver son équanimité, son égalité d’humeur.

 

Je suppose que vous pensez maintenant que le but de ce message est de vous encourager à méditer, mais ce n’est pas le cas.

 

En fait, ça l’est vraisemblablement quand même un peu, parce que toute activité qui peut vous rendre plus heureux, plus sain, moins stressé et vous donne une plus grande et libre fonction cognitive est sans doute une bonne idée… mais

 

Soyez curieux

 

L’objectif réel de ce post est de vous inciter à cultiver un état de curiosité. La raison en est que vous ne pouvez pas être vraiment curieux de la vie, des motivations des autres et être hors de contrôle.

 

Non seulement le Dalaï Lama médite, mais il cherche aussi à comprendre et ce, grâce à sa curiosité.

 

Sans vouloir me comparer au Dalaï Lama, je me permets de vous faire part d’une petite anecdote qui a eu son importance pour moi.

 

Etant motard, je suis particulièrement sensible aux écarts de conduite des automobilistes, notamment en milieu urbain. Compte tenu du danger mortel que représente potentiellement tout choc, j’avais tendance à ne pas être un modèle de patience quand une voiture faisait des imprudences, loin s’en faut…

 

Je me souviens d’une fois où, étant sagement sur la droite de la route, je vis une voiture venant de la gauche se rabattre en me serrant dangereusement contre le trottoir. Bizarrement, pour une fois, malgré le danger réel, je ne me suis pas énervé, suis venu à la hauteur du conducteur de la voiture en question et lui ai demandé calmement : « pourquoi est-ce que vous m’avez serré comme ça ? » Le conducteur, qui s’était entre temps rendu compte du problème, m’a répondu : « parce que je ne vous avais pas vu ». Je lui ai répondu : « c’est vrai que ça peut arriver à tout le monde » et nous sommes reparti chacun de notre côté, sans aucune animosité réciproque.

 

Depuis lors, je dois dire que, bizarrement, je ne m’énerve quasiment plus en moto dans la circulation parisienne.

 

Ce que je veux illustrer par cette histoire, ce n’est pas que vous avez affaire, en ma personne, à un grand sage qu’il vous faut absolument admirer, mais que la curiosité de l’autre, de la différence, le non recours au procès d’intention ou à la colère est très libératoire. Ça m’est arrivé une fois de façon fortuite et l’effet perdure depuis des années. Je vous conseille vraiment ce type de raisonnement.

 

Alors, vous n’aurez pas toujours l’opportunité de demander des explications à quelqu’un qui vous a fait une crasse, mais vous avez toujours la possibilité, plutôt que d’être sûr que l’autre est le dernier des derniers, d’inventer des scénarios qui laissent supposer qu’il avait de bonnes raisons de faire ce qu’il a fait. Dites-vous qu’il n’a jamais pensé une seule seconde que vous étiez autrement qu’admirable, intelligent, beau comme un dieu et que vous voir péter un plomb comme ça serait une désillusion cruelle pour lui dont votre image souffrirait atrocement.

 

Avoir une attitude défoulatoire est facile dans la mesure où cela ne nécessite aucune intervention consciente de votre part, contrairement à rester calme.

 

Mais si vous pouvez cultiver et conserver votre sens de la curiosité, vous serez non seulement quelqu’un de plus calme et plus heureux, mais vous apprendrez également beaucoup de choses sur les autres et serez considéré comme quelqu’un de facile à admirer.