Pour reprendre l’anecdote du post précédent (voir ici) sur la personne qui posait l’esthétisme comme première valeur de vie, une fois qu’il a réalisé les implications de sa façon de voir sa valeur de vie, nous avons commencé le travail.
Je lui ai demandé de trouver quelle valeur pourrait être placée juste au-dessus de l’esthétisme pour lui. Il n’a pas trouvé… ce qui prouve d’ailleurs l’importance que cette valeur avait pour lui.
Après de nombreuses tentatives infructueuses (dans cet exercice, il s’agit de trouver une valeur plus reliant que la précédente), je lui ai demandé s’il m’autorisait à lui faire une suggestion. Après qu’il l’ait fait je lui ai demandé : « et que pensez-vous du mot harmonie ? ». Sa réaction m’a quelque peu surpris, car il a bondi de son siège et s’est écrié (le mot est faible) « C’est à moi ! C’est mon mot ! », comme si je lui avais volé quelque chose. Nous avons, bien évidemment, fini par en rire.
Ce passage de l’anecdote montre, à mon sens, l’intérêt d’un travail conscient sur les valeurs. Cette personne n’avait conscience, au départ, que de la dimension égotique de sa valeur et ne l’avait relié à rien d’autre. De ce fait, il ne pouvait bénéficier de la plénitude de la force de sa valeur, car elle n’était reliée qu’à lui-même.
En posant l’Harmonie comme valeur du dessus, il tire l’énergie de la valeur importante pour lui : l’esthétisme, tout en lui permettant d’irriguer un domaine plus important, dans la mesure où la valeur Harmonie peut s’appliquer à davantage de sujets que la valeur Esthétisme : harmonie dans les rapports humains, dans la relation au monde, dans la relation à soi-même, etc.
Nous avons, ensuite, poursuivi le travail par les valeurs Tolérance, puis Amour et enfin Unité.
Le résultat est que cette personne, à partir de sa valeur consciente de départ, s’est construit toute une palette cohérente de valeurs dont il ressentait profondément l’importance. Ces valeurs « nouvelles » étaient liées à sa valeur d’origine, tout en lui permettant une application plus large dans sa vie, avec un lien renforcé avec son environnement.
S’en ai suivi un certain nombre d’exercices d’application concrète du travail théorique effectué, avec retour d’expérience et débriefing, qui ont abouti à la résolution, par cette personne, des nombreux problèmes pour lesquels elle avait demandé un accompagnement.
Un autre exemple est celui du cadre dirigeant venu me consulter dans le cadre d’un pré-burnout. La quarantaine bien sonnée, précédemment en pleine ascension, il était plein de zèle dans son travail et ne comptait pas ses heures. Jusqu’au moment où les reproches familiaux sur son absence lui sont devenus pesant. Du coup sa motivation est un peu retombée, d’autant plus que sa vision de l’importance du travail s’est érodée à la lumière de la question lancinante : « pourquoi tout ça ? » et de quelques déconvenues professionnelles inhabituelles pour lui.
Lorsque je lui ai demandé quelles étaient ses principales valeurs de vie, il m’a répondu dépité : « jusqu’à récemment c’était la valeur travail, mais aujourd’hui… je ne sais plus vraiment… ».
Je lui ai donc demandé de faire un effort de mémoire et de me dire pourquoi il considérait auparavant le mot travail comme une valeur de vie. De sa réponse plus ou moins claire, il ressortait une vision du genre : travail = devoir = nécessité. Bref, rien de bien excitant, vous en conviendrez.
Nous avons donc entamé le même travail que dans l’exemple précédent… avec le même succès au départ, tant il est vrai que la société actuelle ne prépare pas ses membres à ce genre d’exercice.
Il a fallu le guider précautionneusement dans la démarche pour d’une part respecter son indépendance, son autonomie, bref, ses propres valeurs et, d’autre part, lui permettre d’avancer dans le processus.
A la fin de celui-ci, les valeurs se sont enchaînées de la façon suivante :
. Travail,
. puis, Changement tant il est vrai que tout travail tend à prendre différents ingrédients pour en obtenir un nouveau, que ce soit des produits concrets ou des idées. Il y a donc changement par rapport à la situation initiale,
. puis Transformation dans la mesure où cette valeur concerne un ensemble d’éléments plus large,
. puis Evolution, car cette valeur, dans sa proximité avec l’universalité peut s’appliquer à tout ce qui existe sur terre et justifier toute action envers soi-  même et son entourage,
. et enfin, objectif ultime, Unité.
Cet enchaînement pourrait être schématiquement et imparfaitement illustré par l’exemple suivant : je consacre mon temps à planter des clous pour construire ma maison (Travail), les planches et les clous deviennent une maison (Changement), disposant d’une maison je n’ai plus à vivre dans la rue ce qui me permet d’anticiper ma vie de façon différente (Transformation), je prends conscience du chemin parcouru et en tire les enseignements (Evolution), ces enseignements me poussent à aider ceux qui ne disposent pas de maison (Unité), ce que je n’aurais pas pu faire si je n’avais pas construit ma maison.
L’objectif de ce travail est de lier, dans l’esprit de la personne que j’accompagne, ses propres valeurs de vie avec la source de ces valeurs qui est l’Unité (je rappelle que la première étape du travail étant le choix libre de son camp par le coaché, c’est lui-même qui choisit consciemment cette valeur comme objectif ultime).
Une fois que la liaison est en place dans l’esprit du coaché, le principe est de procéder… à l’inverse.