Part 2 : l’exposition à l’épreuve des autres

En parlant d’attraits, outre l’intérêt de l’épreuve évoqué dans mon précédent post, je veux parler également du phénomène qui nous pousse à porter un intérêt particulier à la violence et au malheur des autres : films d’action, mais surtout nouvelles catastrophiques en provenance du monde entier dont nous abreuvent nos journaux télévisés.

Je passerai sur l’analyse qui en fait des éléments défouloirs d’instincts présents en chacun de nous et que le fait de les vivre par écran interposé nous exempte de les vivre dans la réalité ; ou encore que voir le malheur des autres nous permet, par contraste, de prendre conscience de notre propre bonheur.

Pour être vraies, à mon humble avis, ces analyses n’induisent pas une dynamique de nature à nous faire progresser vers une plus grande maîtrise de notre réalité. Bien au contraire.

Mais alors, pourquoi cette fascination pour des choses que nous ne voudrions à aucun prix vivre dans notre propre vie ? D’où peut venir ce mécanisme qui nous pousse à nous repaître, à un niveau émotionnel et intellectuel, d’épreuves vécues par d’autres ?

Si vivre fictivement l’épreuve des autres peut correspondre à un apprentissage propre à nous faire progresser, l’absence totale de capacités d’action génère une forme de frustration qui nous habitue à l’illusion qu’une réalité générale anxiogène prime sur notre réalité personnelle.

 

L’épreuve fictive : un apprentissage… théorique.

Pourquoi aimons-nous voir les stars ? Parce que ce sont des personnes qui vivent leur talent et y parviennent avec succès. Nous savons qu’elles font des efforts importants pour cela et que la prestation qu’elles nous livrent en est l’aboutissement, le résultat.

On ne devient un Teddy Riner, un Ronaldo ou un Roger Federer qu’au prix d’efforts et de sacrifices importants sur beaucoup d’aspects de sa vie.

A contrario, les « stars » de la télé-réalité ne correspondent pas à ce schéma. C’est leur exposition médiatique qui génère leur succès et non les épreuves qu’elles ont dû surmonter. C’est certainement contraignant d’être une star de la télé-réalité, mais les problèmes qui surviennent sont la suite de l’exposition médiatique. Ils sont, en fait, la conséquence de sa volonté d’être « connue ». Le résultat positif précède l’épreuve, c’est la vie à l’envers.

Pourquoi préférons-nous souvent les films qui se finissent bien ? Peut-être parce que ils nous donnent une solution plausible à un problème. Un film qui se finit mal pose une épreuve sans solution. L’apprentissage n’est que sur l’existence possible de l’épreuve, éventuellement sur les réactions qui ne permettent pas de la surmonter, mais pas sur celles qui donnent une résolution du problème.

Être confronté à une épreuve engendrant un résultat positif nous reconnecte avec le sens fondamental de notre vie, à la nature profonde de l’immense majorité d’entre nous et, à ce titre, redonne confiance en soi, envie de progresser et de devenir meilleur.

Il n’y avait qu’une grosse vingtaine de joueurs français qui ont remporté la coupe du monde de football en 1998. C’est pourtant tout un peuple qui a retrouvé le moral le 12 juillet 1998 : France Black-Blanc-Beur, liesse sur les Champs Élysées, etc.

Mais si l’on juge par les conséquences concrètes de l’événement, il n’y a pas eu, selon l’INSEE, d’impact sur la croissance économique, ni de baisse de la délinquance, ni d’amélioration sociale notoire. En fait… rien !

Il y a, bien sûr des exceptions, comme ces mouvements de solidarité face à des catastrophes naturelles qui s’expriment par des dons massifs permettant aux victimes de surmonter moins difficilement leur malheur. Vous concèderez que : d’une part tous les sujets d’actualité ne se prêtent pas à de telles mobilisations et que, d’autre part, ces dernières ne sont pas si nombreuses face à certaines détresses. Nous nous en remettons facilement à l’État pour gérer la solidarité.

 

La différence entre une épreuve vécue et être spectateur de choses négatives réside dans la capacité d’action, la capacité de réaction. Sans cette possibilité, le négatif reste inchangé et pose son empreinte sur nous sans que nous n’ayons de possibilité de le transformer.

De là à conclure que sans action, sans participation active, l’épreuve n’est qu’un gouffre générateur de négatif, il n’y a qu’un pas.

 

Le spectacle sans possibilité d’action : une usine à négativisme.

S’il est admis que la justification de l’épreuve est de nous faire progresser, cela semble induire quand même que nous ayons un moyen d’action, ou de réaction par rapport à cette épreuve.

Comment me transformer à travers une situation si je n’ai aucune prise sur celle-ci ? Apprendre l’humilité, à la rigueur. Mais si transformation il y a dans ces conditions, celle-ci ne sera vraisemblablement que théorique et donc sans grande portée.

Le plus ennuyeux, c’est que nous sommes continuellement, et de plus en plus, soumis à l’expression de vendeurs d’émotions dénués de toute aspiration positive. Les larmes sont télégéniques ? Dès que c’est possible on nous sert des larmes. Les incendies de forêts donnent de belles images catastrophiques ? Pas un JT de l’été sans reportage sur le sujet. Les flots de réfugiés prennent des dimensions possiblement inquiétantes ? On nous les présente d’une manière anxiogène qui pousse beaucoup à l’ostracisme.

Je ne dis pas qu’il faudrait ne pas en parler et ne faire attention qu’aux événements heureux en n’ayant cure de la misère du monde. Je pense, en revanche, que donner un sens, une interprétation constructive profonde serait de nature à mobiliser positivement les énergies. On éviterait les discours de « pensée unique » édifiante et stérile en donnant plusieurs interprétations possibles, permettant ainsi au spectateur de remuer un peu ses neurones. Un rêve ? Sans doute.

Le problème reste que le spectacle s’imprime en nous progressivement et devient comme une chape de plomb dont il est de plus en plus difficile de se libérer.

Nous intégrons le négatif comme point de repère, comme sous-jacent de base, dans la confrontation de notre réalité personnelle avec notre environnement.

Comme nous sommes habitué à voir du négatif sans être en mesure d’interférer dessus, il en découle une peur vis-à-vis de ce qui nous entoure et de la différence. Si quelque chose m’arrive de désagréable et que je n’ai ni les moyens, ni la possibilité d’intervenir dessus, j’ai raison d’en avoir peur. Mais est-ce que cela vous arrive souvent ?

Là où je pars en vacances, dans la campagne française profonde où la mondialisation n’est qu’une rumeur lointaine, certains locaux nourrissent une peur réelle de l’immigration. Ils n’y sont absolument pas confrontés, mais ont la télévision… Leur réalité personnelle ne comporte pas de problème, ni même de sujet sur l’immigration et pourtant ils en ont réellement peur…

Dans un autre domaine, on assiste à l’explosion de la « réalité virtuelle » dans les jeux et, d’une manière plus générale, dans les occupations de notre jeunesse (et pas seulement…).

Le piège de la réalité virtuelle, en se généralisant dans nos occupations, c’est que l’on s’invente des succès et des échecs désincarnés qui n’impliquent aucune réaction en fonction des valeurs de vie, puisque ce n’est pas la vraie vie. L’homme perd de sa force et de sa profondeur. C’est peut-être de cela dont nous devrions nous inquiéter…

 

Alors, ce « brillant » exposé a-t-il pour seule fonction de vous détruire le moral ? Vous vous doutez bien que non.

L’objectif d’un post de coaching de vie étant de donner des éléments, des pistes de développement personnel possible, j’essaie ici de dire : faites davantage confiance à votre réalité personnelle et accordez lui plus d’importance, car c’est la seule réalité que vous pouvez modifier.

Vous voyez des images de feu de forêt : soit vous devenez pompier pour aller les combattre, soit vous passez à autre chose, car vous savez déjà que « c’est pas bien » d’allumer un feu de forêt. Vous tombez sur un reportage sur les réfugiés : soit vous en accueillez chez vous, soit vous laissez les autres se dépatouiller avec le problème, mais en aucun cas vous ne devez prendre peur, car cette réalité ne fait pas partie de la vôtre.

Si je devais faire une estimation chiffrée, je dirais que votre attention, vos actions, votre concentration sur les problèmes devrait être dirigées à plus de 90% sur votre réalité personnelle. Les 10% restants pouvant, si vraiment vous le souhaitez, être consacrés à une réalité collective qu’il est bon de connaître, mais qui n’intervient pas dans la construction de votre bonheur. N’intervenant pas dans votre bonheur, il ne sert donc à rien d’en avoir peur.

Je dis cela en particulier pour mes amis souffrant d’addiction à l’alcool, dont la sensibilité exacerbée les pousse à être parfois excessivement affectés par les malheurs du monde contre lesquels ils ne peuvent rien.

Réfléchir son bonheur à l’échelle du monde, en privilégiant la réalité collective à la sienne propre, aboutit à un échec assuré.

Nous avons tous en tête l’exemple de proches confrontés à des épreuves qui nous semblent, à nous, insurmontables et que lesdits proches parviennent à affronter et à surmonter. Sont-ils plus forts, plus courageux que nous ? C’est possible, mais la différence vient aussi du fait qu’ils ont une emprise sur leur épreuve. Ils peuvent agir pour l’affronter. Elle fait partie de leur histoire personnelle, alors qu’elle ne fait pas partie de la nôtre.

La possibilité de provoquer un résultat en réponse à une épreuve change beaucoup de choses quant à la peur que cette épreuve génère. Ne vous angoissez pas pour les problèmes des autres. Aidez-les à les résoudre, si vous en avez la possibilité effective, sinon consacrez-vous aux problèmes sur lesquels vous pouvez avoir un impact réel.

Le bonheur se trouve dans l’efficacité à transformer, à évoluer et à aider les autres à évoluer. Il n’est pas dans une pseudo-conscience globale et stérile. Mobilisez vos énergies avec l’efficacité comme référence et vous verrez que ça fonctionne pour construire votre bonheur.

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