L’évolution, est pour moi l’un des sujets les plus centraux, les plus importants, de la condition humaine. Vous direz que je me répète, mais quelle pourrait être la justification de l’existence du temps et de l’espace si ce n’est de nous permettre d’évoluer.
Au niveau cellulaire, nos corps changent de minute en minute. Chaque minute, 200 millions de cellules de notre corps disparaissent, tandis que 200 millions naissent pour assurer la relève. J’ai lu que nous nous régénérons en totalité, c’est-à-dire que toutes nos cellules auront changé, environ tous les 2 ans. Cela signifie qu’une personne de 40 ans est à la 20ème version physique d’elle-même ! Imaginez…
Non seulement nous changeons physiquement mais mentalement nous sommes également dans un état constant de flux. Notre système de valeurs peut évoluer, nos croyances aussi, ces deux éléments composent notre identité, qui à son tour change. Nos émotions peuvent changer à chaque moment, comme vous le savez tous.
Pensez au meilleur jour de votre vie pendant 10 secondes et je vous garantis que vous causerez un changement instantané en vous.
Maintenant, si vous pensez à votre pire jour, vous changerez aussi, mais cette épreuve n’est pas forcément nécessaire. Dispensez-vous-en.
En dehors de notre corps, nous changeons aussi. Les amis vont et viennent, les êtres chers meurent, nous changeons d’emploi et même de carrière, déménageons, achetons de nouveaux vêtements, mangeons des aliments différents, voyageons dans de nouveaux pays et barbotons dans toutes sortes de choses dans lesquelles nous préfèrerions ne pas barboter.
Alors pourquoi avons-nous tant de mal à accepter consciemment le changement alors qu’il a lieu en permanence en nous et autour de nous ? Pour répondre à cette question, il faut se tourner vers l’évolution.
La priorité numéro un pour nous tous au niveau de base est la survie. Ce n’est pas la reproduction, ce n’est pas la croissance spirituelle et ce n’est pas devenir une star de cinéma, c’est juste la survie.
Dans cet esprit, je tiens à vous féliciter pour avoir atteint cet objectif. « Evolutionnellement » parlant vous êtes un succès éblouissant. Alors continuez, congratulez-vous vous-même, parce que vous n’êtes pas mort. Sérieusement, c’est un succès. Il y a tant de moyens de mourir sur cette terre et vous les avez tous évités. Par conséquent, votre corps sait qu’il a fait un excellent travail en vous faisant parvenir jusque-là et il s’est décerné à lui-même un A + pour sa fonction majeure qui est de vous maintenir en vie.
Devinez ce qu’il pense maintenant ?
« Eh bien, je nous ai mené jusque-là, c’est donc que ce que je fais fonctionne, alors faisons la même chose demain ».
A partir de là, lorsque vous essayez de bouleverser cette tendance et de faire quelque chose de différent, la réaction de votre inconscient est évidemment de refuser. « Pourquoi changer ? » gémit-il, « nous respirons encore, pas vrai ? Nous pouvons rester avec cette coupe de cheveux ringarde, je l’aime bien moi ». Par conséquent, vous commencez à vous sentir mal à l’aise et à ressentir l’envie de résister au fait de quitter cette zone de confort qui a été si protectrice.
C’est pourquoi quand quelqu’un vous dit « buvons une dizaine de bières et allons sauter à l’élastique du pont le plus proche avec ce morceau de corde que j’ai trouvé », ça commence à coincer. A moins que vous ne soyez aussi fou que votre ami, vous allez probablement refuser son offre généreuse.
Avez-vous déjà eu les mains moites, la gorge sèche, les jambes qui flageolent et une forte une envie de visiter la salle de bain même si vous y êtes allé il y a à peine 10 minutes ? Bien sûr ! tout le monde a connu ça. C’est la façon pour le corps de dire « en fait, je pense que je vais rester à la maison. Continuez sans moi, mais, surtout, faites-moi savoir comment ça s’est passé ». C’est la réponse d’opposition que nous aimons tous tant et à laquelle beaucoup d’entre nous peuvent même avoir recours dans des situations anodines.
Que se passe-t-il si vous acceptez le saut pour une mort presque certaine et que vous survivez ? Tout d’abord, vous vous sentirez probablement très bien parce que vous avez trompé la mort. Vous aurez probablement assez d’adrénaline dans vos veines pour fournir en épinéphrine un hôpital de taille moyenne pendant un mois et effectuer un autre saut vous semblera être une évidence.
Supposons que vous fassiez encore quelques sauts indemnes et rentriez chez vous comme si vous étiez roi ou reine du monde, alors quoi ?
C’est la partie intéressante de la chose. Maintenant, vous avez enseigné à votre corps une leçon qu’il n’oubliera pas. Vous avez appris que vous pouvez, en toute sécurité, sauter à l’élastique avec des amis à la santé mentale douteuse, après avoir bu beaucoup d’alcool. Donc, la prochaine fois qu’on vous demandera de faire la même chose, votre niveau d’appréhension sera beaucoup plus bas et beaucoup plus facile à gérer.
Ce qui s’est passé, c’est que vous avez étiré votre zone de confort et que le saut à l’élastique n’est plus à l’extérieur de ses limites. Et même mieux, la bonne nouvelle est que ça reste ainsi et ne retourne que rarement à l’état antérieur. Il peut y avoir des exceptions, bien sûr : si vous prenez le journal le lendemain et voyez une photo de votre ami disloqué sur un rocher dans la rivière avec un morceau de corde effilochée attaché au ventre, il est peu probable que vous soyez tenté de réessayer de sitôt…
Dans l’ensemble cependant, l’étirement de votre zone de confort est une chose positive car cela peut supprimer beaucoup des réticences que vous ressentez au quotidien. Ce n’est pas drôle d’avoir peur de demander une augmentation méritée, de parler en public ou de postuler pour un nouvel emploi, mais si vous acceptez d’étirer votre zone de confort, la prochaine fois, ce sera plus facile et la fois d’après plus facile encore. Il est vraisemblable que cela ne devienne jamais une chose qui vous réjouisse particulièrement, mais ce n’est pas le sujet à partir du moment où cela ne vous inhibe plus.
Je tiens à souligner que, à ce stade, je me rends compte que, pour beaucoup, c’est plus facile à dire qu’à faire. Dire : « Allez-y, faites-le et arrêtez de pleurnicher ! » peut paraître un peu rapide et facile, je le concède. C’est pourquoi il existe un certain nombre de façons de faciliter le changement sans avoir recours à de grandes quantités d’alcool. Les techniques de PNL telles que les sous-modalités et l’ancrage peuvent aider, tout comme la visualisation, mais là, c’est pour un autre post.
En attendant, il suffit de faire les choses et d’arrêter de se lamenter parce que votre vrai potentiel est ce machin juste à l’extérieur de votre zone de confort, et il vous attend dès que vous serez prêt.
Maintenant à quoi cela peut-il s’appliquer ? A peu près à tout.
En matière de développement personnel, le mécanisme de la zone de confort est aussi vrai que le principe du « seuil d’incompétence » (principe de Peter) est faux. Et pourtant, les deux sont liés. L’un est une approche dynamique de l’évolution, là où l’autre est une illusion ou une excuse qui procède de la peur de cette même évolution.
Je veux aller au-delà de mon seuil d’incompétence ? Il suffit de sortir de ma zone de confort.
Attention, être dans sa « zone de confort » ne signifie pas forcément que l’on soit parfaitement confortable avec les solutions que l’on apporte aux situations vécues. Ne pas être en mesure de quitter sa zone de confort peut être une raison de burnout. Une personne peut ne pas trouver de solution à un problème par impossibilité de sortir de sa zone de confort et en concevoir un mal-être qui peut évoluer en pathologie. La zone de confort devient d’un inconfort absolu, une vraie prison.
Ne pas quitter sa zone de confort implique plus une impossibilité à imaginer ou à aller vers des solutions inédites. En sortir consiste à attacher une valeur à des paramètres que l’on ne prenait pas en compte (ou que l’on ne voulait pas prendre en compte) auparavant.
C’est dans ce genre de situation qu’un accompagnement peut se révéler salutaire. Si l’on est confortable dans sa zone de confort, il est peu probable que l’on souhaite en sortir. Notre inconscient sera à l’œuvre pour nous limiter, sans que cela ne nous pose le moindre problème.
En revanche, quand l’inconfort pointe le bout de son nez – c’est la fonction de la majeure partie des conflits et des épreuves que nous vivons, afin de nous pousser à l’évolution – il peut être bénéfique de s’adresser à un professionnel de l’accompagnement pour pouvoir sortir de notre zone de confort d’une façon qui soit cohérente avec notre propre personnalité et avec le problème rencontré.
C’est dans ce cadre que je préfère parler d’étirement de la zone de confort plutôt que de sortie. L’étirement commence par une sortie, mais cette dernière est suffisamment proche et cohérente pour éviter une rupture et préserver une efficacité maximale. La zone de confort s’enrichit mais n’explose pas. Il n’y a pas de perte de repères, il y a adjonction de repères.
L’objectif est d’éviter la rupture, pour préserver l’efficacité de la démarche à court et à long terme. Il est même possible (voire souhaitable) de faire de l’étirement de la zone de confort une démarche personnelle spontanée, autonome et permanente qui vous permettra d’atteindre des ressources insoupçonnées en vous-même. C’est l’objectif de tout bon coach de vie : vous donner les moyens d’une autonomie dans l’évolution.